Brève histoire des Jardins Taché

Tiré du Bulletin de mai 2002

C’est sans doute à Simon Glazer (1902-1983), originaire de St-Charles de Caplan en Gaspésie, que l’on doit le nom de notre quartier. Cet entrepreneur en construction associé aux frères Grégoire, Louis-Jules et Jacques, dirigeait les Entreprises Montcalm inc. Glazer et ses frères Charles (1900-1994, entrepreneur), Adélard (1903-1989, charpentier) et François (1900-1994, menuisier) sont les premiers bâtisseurs de ce quartier résidentiel à la fin des années 1950. « Il fait bon de se nicher aux Jardins Taché », pouvait-on entendre à la radio à l’époque.

Les premières maisons voient le jour sur la rue St-Dominique, ainsi nommée en 1956. C’est aussi cette année-là que les premières fondations et façades de briques rouges ou jaunes sont construites. Des résidants, dont quelques membres des familles Glazer et Grégoire, s’y installent rapidement. D’ailleurs, trois des filles de la « dynastie » Glazer habitent toujours le quartier.

D’autres familles déménagent sur les rues Moncion, St-François, Duguay, Lacasse et Gendron jusqu’au milieu des années 1960. Le côté nord de la rue Lacasse aurait été construit en partie par Charles Glazer, de même que la majorité de la rue Gendron. L’illustration 1, une photographie provenant de la section géomatique du ministère des Ressources naturelles du Canada, présente une vue aérienne du projet immobilier en 1968. On reconnaît le boulevard Taché au sud, en bas de la photographie. À l’ouest (à gauche), plus précisément à l’intersection du boulevard Taché et de la rue St-Dominique, on devine la présence d’un poste d’essence. Ce dernier voisine le populaire restaurant Le Royal Burger, bien connu pour son « drive-in », le premier à Hull (lire à ce sujet l’article d’Alfred Côté, Bulletin août 1999).

Une photographie provenant de la section géomatique du ministère des Ressources naturelles du Canada, présente une vue aérienne du projet immobilier en 1968. On reconnaît le boulevard Taché au sud, en bas de la photographie. À l'ouest (à gauche), plus précisément à l'intersection du boulevard Taché et de la rue St-Dominique, on devine la présence d'un poste d'essence. Ce dernier voisine le populaire restaurant Le Royal Burger, bien connu pour son « drive-in », le premier à Hull.

On voit bien sur cette photographie que les rues Ste-Thérèse et Joseph-Baker ne sont pas encore tracées. L’actuel Conservatoire de musique occupe les bâtiments de l’orphelinat. Les Entreprises Dasken inc. n’ont pas commencé les travaux d’excavation des tours d’habitation projetées sur les terrains vendus par les sœurs dominicaines du Rosaire de l’orphelinat

Ville-Joie-Ste-Thérèse aux frères Bourques (Édouard, Bernard et Pierre). Ce que l’on appellera l’Affaire Dasken fera les manchettes des journaux pendant de nombreuses années et mobilisera, de manière particulièrement militante, Lyse Brochu (qui habite toujours dans le quartier) et Renée Joyal, toutes deux membres de l’Association des propriétaires des Jardins Taché (incorporée en 1962). C’est maître Renée Joyal qui obtiendra gain de cause en Cour suprême du Canada, obligeant ainsi la Ville de Hull à respecter le zonage prévu pour ces terrains. Les résidants du quartier verront à la destruction des deux tours dont l’une comptait déjà sept étages sur les seize prévues (voir le Bulletin d’août 1999 ci-haut, vol. 2, n° l). Les fondations des constructions sont encore visibles en 1974, comme en témoigne la photographie aérienne de l’illustration 2.

Toujours sur l’illustration 2, on remarque la présence de deux maisons sur le côté ouest de la rue Duguay à l’endroit qui avait été initialement réservé pour une église. Le terrain d’en face, sur le côté nord de la rue Lacasse, devait accueillir une école. Le parc Duguay-Lacasse qui occupait ce terrain a été vendu par la Ville de Hull aux Habitations Bouladier, faisant ainsi disparaître la patinoire du quartier. Sur cette même photographie, les rues Ste-Thérèse et Joseph-Baker ne sont pas visibles. Ces rues verront le jour au début des années 1980.

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Sur les deux photographies, on voit aussi plus à l’est (vers la droite), avant l’ancien orphelinat, les bâtiments de l’ancienne ferme laitière Pure-O-Farm, exploitée par Herbert Beresford de 1915 à 1939. Le domaine a été annexé à l’orphelinat en 1939 et a servi de crèches et de résidence aux sœurs. Le domaine accueille aujourd’hui des immeubles en copropriété construits par Reemark à qui l’on doit aussi les résidences jumelées et détachées sur la rue Ste-Thérèse. À la suite de la faillite de cette entreprise en 1984, divers entrepreneurs, dont Percy Gagnon, ont finalisé la construction de la partie sud de la rue Ste-Thérèse. Vers 1985-1986, la fin du projet consiste dans la partie nord de la rue Ste-Thérèse et dans l’ensemble de la rue Joseph-Baker. C’est finalement la Ville qui mettra en marché ces terrains et les vendra à de petits entrepreneurs et à des petits constructeurs.

La rue du Muguet (initialement appelée rue des Muguets) est bâtie là où se trouvait jadis le vieil hôtel Mousseau, du nom de son propriétaire. L’hôtel a été transformé par le brigadier général William Lawson en une demeure qui est aujourd’hui disparue. C’est l’entreprise Levasseur qui y construira des maisons jumelées au milieu des années 1980.

Si l’on remonte encore plus dans le temps, on découvre que les terrains du quartier appartenaient vraisemblablement à Anna Skead, propriétaire d’un vaste domaine dont le joyau était la somptueuse demeure « Riverview » (transformée en orphelinat puis en l’actuel Conservatoire de musique). Cette demeure abrita une famille nombreuse jusqu’au début des années 1900. Anna Skead avait reçu la propriété en héritage au décès de son père, David Moore, en 1889. Riche marchand engagé dans le commerce du bois, il a construit le magnifique manoir en 1865, sur le lot 7 du rang 3 du canton de Hull. Il avait lui-même reçu ce lot en héritage de son père. Il s’agissait d’une terre de 170 acres, propriété, dès 1808, de David « père » et de Job Moore du Vermont. Ces derniers exploitaient sur ce lot une petite scierie alimentée par le ruisseau qui traverse notre quartier et qui est caché sous la rue Duguay. Ils possédaient aussi un magasin général et une forge. David Moore, fils, était le plus important propriétaire du chemin d’Aylmer (aujourd’hui le boulevard Taché), ayant acquis des Wright les lots 8 et 9 du rang 3.

Vous aurez compris que notre quartier est situé sur la partie la plus au sud du lot 7. Ce domaine était voisin de la ferme Benedict qui occupait le lot 6 du rang 3. L’ancienne maison Benedict de 1840 a été détruite en 1950 au profit du petit centre commercial à l’est du quartier, avant l’entrée du parc. La Commission de la capitale nationale (alors la Commission du district fédéral) acheta des fils Benedict la majeure partie de la ferme au nord du boulevard Taché pour en faire l’entrée du parc de la Gatineau. La partie sud avait déjà été acquise par le notaire Nérée Tétreau en 1884. Mais ça, c’est une autre histoire.

Jean-François Léger

Cet article doit beaucoup aux ouvrages suivants : Diane Aldred, Le Chemin d’Aylmer, une histoire illustrée (1994) et Gaston R. Lafleur, Val-Tétreau 1920-1990 (1996). Un merci très chaleureux à mesdames Francine Glazer-Bélanger et Rita Glazer-Manseau ainsi qu’à madame Françoise Houle et à monsieur Gérard D’Aoust.

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